Madame la ministre de la justice était hier à l’Ecole Nationale de la Magistrature pour la prestation de serment des nouveaux auditeurs de justice. Dans son discours, elle a évoqué la probable et imminente réforme du concours d’accès et de la scolarité à l’ENM. Le directeur de l’école devrait remettre ses propositions le 20 février. Cette réflexion était connue. En tant que directeur d’IEJ, je suis spécialement intéressé par les modifications qui pourraient être apportées au premier concours d’entrée (concours externe). Deux pistes semblent sérieusement envisagées.
La première consisterait à ajouter une matière de procédure parmi les épreuves d’admissibilité. Cette évolution est à mon sens particulièrement opportune. Il me semble difficile de concevoir qu’un candidat à la magistrature ne maîtrise pas les règles procédurales essentielles qui encadreront son métier. L’actuelle “petite” épreuve d’admission, de 15 minutes et dotée d’un faible coefficient, est loin d’être suffisante. La procédure est indisscociable des droits et libertés fondamentaux : on y étudie le procès équitable, les droits de la défense et l’équilibre entre les parties, la loyauté, le contradictoire, le double degré de juridiction… J’ajoute que la procédure pénale figure dans le programme obligatoire d’admissibilité du concours de commissaire de police (sur lequel je reviendrai). Nos concours portent donc aujourd’hui le message suivant : la connaissance de la procédure pénale est indispensable pour un futur commissaire de police mais est accessoire pour un futur juge d’instruction ou un futur substitut. Comprenne qui pourra !
La seconde modification, d’ailleurs évoquée hier, serait l’intervention d’un psychologue lors des épreuves du concours. J’en parlais depuis plusieurs jours avec des collègues et la moue que provoquait cette information manifestait parfaitement le choc culturel que représente (et c’est plutôt regrettable) le droit et la psychologie. J’ai aussi noté, en lisant la presse, des réactions hostiles, voire indignées, de certains magistrats. Pourtant, sous certaines conditions et restrictions, cette idée ne me semble pas incongrue. Evidemment, s’il s’agissait de tests ou d’entretiens éliminatoires ou même notés, le risque de subjectivité et d’arbitraire serait considérable. Mais si l’on songe à adjoindre un psychologue à un jury qui, en formation collégiale, entend les candidats sur des questions de culture générale ou des problèmes de société, la proposition ne serait pas sans attrait. On pourrait aussi songer à des tests psychologiques qui donneraient lieu à un avis exprimé avec prudence : les éventuels soupçons pourraient seulement, par la suite, orienter certaines questions du jury. Le verdict du psychologue m’inquiète, son éclairage me paraît utile. Une telle intervention d’un psychologue, strictement encadrée, existe déjà pour le concours de commissaire de police : s’en inspirer ne procèderait donc ni d’un saut dans l’inconnu ni d’une méfiance particulière envers nos futurs magistrats.
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