Avant Noël, la saison des thèses

18 12 2007

Les étudiants les plus observateurs auront remarqué, en jetant un oeil sur les tableaux d’affichage, que se multiplient actuellement les soutenances de thèse. Le hasard n’y est pour rien : le mois de décembre est l’ultime délai pour pouvoir, l’année suivante, être recruté comme maître de conférences ou être admis sur titre à l’Ecole nationale de la magistrature ou encore dans un Centre régional de formation professionnelle des avocats.  J’ai une pensée particulière pour ceux qui ambitionnent une carrière universitaire, non par corporatisme mais parce que, même honorés d’une mention très honorable avec félicitations du jury, ils demeurent dans une pénible incertitude : avant de se présenter devant les commissions des facultés au printemps prochain, ils devront être qualifiés cet hiver par une instance nationale qui ne retient que les meilleurs auteurs.

S’inscrire en thèse est facile dès lors que l’on a obtenu un Master 2 à finalité recherche. Soutenir une bonne thèse (3 à 6 ans plus tard) est nettement moins évident, ce que confirme le taux élevé d’abandon (surtout en droit). Le doctorant devra faire preuve non seulement de rigueur, d’intelligence et de compétence juridique mais aussi – ce qui est moins connu – d’originalité et même d’imagination. Surtout, il devra s’illustrer par sa persévérance : il s’obligera à achever le travail commencé en restant motivé pendant plusieurs années malgré les inévitables et d’ailleurs fructueux moments de doute et de remise en cause. De telles qualités devraient séduire les employeurs et pourtant, en France, ce n’est guère le cas. Le docteur est volontiers soupçonné de ne s’épanouir que dans les livres et d’être par nature inadapté à l’entreprise. Les Français qui travaillent dans des sociétés allemandes s’en étonnent souvent : en Allemagne, les docteurs sont nombreux dans les hautes sphères des entreprises et sont présentés avec leur titre auquel est conféré un respect manifeste. Etrange différence de culture, d’autant que les Allemands n’ont pas forcément beaucoup de leçons à recevoir de notre part en matière de formation professionnelle et de pragmatisme commercial. Une explication possible : les patrons français ne sont pas des docteurs mais des diplômés des grandes écoles et comme chacun le sait, les dirigeants ont tendance à recruter comme dirigeants ceux qui leur ressemblent.


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